Achille Viadieu

Collection Famille Viadieu
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Collection Famille Viadieu

Achille Viadieu

1911-1944

 

La tourmente des années noires révèle parfois quelques destins exceptionnels. La vie d’Achille Viadieu est, en apparence, celle d’un homme tranquille. C’est en réalité une double vie extrêmement dangereuse que mène celui qui est officiellement un responsable régional de premier rang d’un parti politique fasciste et ultra- collaborationniste.

Achille Viadieu était en réalité “X-2” l’adjoint de Morhange.

Intégré au cœur du dispositif nazi et vichyste, ce chef de la collaboration récupérait, au péril de sa vie, des informations capitales pour la Résistance.

 

 

 

Achille, l’Ariégeois

Collection Famille Viadieu

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Achille Viadieu est né le 11 mars 1911 à Castelnau-Durban près de Rimont en Ariège. Enfant, il est confié à sa grand-mère à Toulouse où il effectue sa scolarité. Après des études de droit, il retourne en Ariège. Il devient clerc de notaire à Foix et se marie avec Aline Nigoul. Le couple donne naissance à deux enfants, Pierre en 1934 et Éliane en 1935.

Collection famille Viadieu

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A Foix, Achille Viadieu est très investi au sein du parti radical socialiste. Il est de toutes les réunions et n’hésite pas à donner un coup de main au service d’ordre si nécessaire. Achille Viadieu est également grand amateur de chasse et part régulièrement avec ses chiens dans ses Pyrénées ariégeoises.

En 1937, Achille trouve un poste à la gare Matabiau au service Économat des Chemins de fer du Midi. La famille s’installe en 1938 au 35 rue Valade à Toulouse. En septembre 1939, à la déclaration de guerre, il rejoint une compagnie d’Aérostiers jusqu’à la démobilisation. Achille Viadieu a alors 29 ans.

Collection Famille Viadieu

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Nous ne savons quasiment rien des activités d’Achille Viadieu, dit Ginou,, entre 1940 et 1943. Le colonel Paul Paillole, dans ses mémoires « Services secrets 1935-1945 », dit qu’Achille Viadieu se serait engagé dans la résistance dès décembre 1940.

Rencontre avec Morhange et double-jeu

Jacques Combatalade, « Jacky », policier du réseau, raconte qu’Achille et Marcel Taillandier se seraient rencontrés en mai 1943. Achille fréquentait des lieux et des amis communs.

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Portrait officiel. Collection Famille Viadieu

Achille Viadieu accepte de devenir X2 au sein du tout récent Réseau Morhange. Marcel Taillandier le confirme dans son double rôle, collaborateur notoire le jour, résistant la nuit. Le réseau Morhange est un formidable groupe de Résistance, créé et dirigé par Marcel Taillandier « Morhange » rattaché aux services spéciaux du commandant Paul Paillole à Alger. Achille Viadieu est homologué Agent P2 au sein des Services Spéciaux Militaires Français.

Achille Viadieu travaille étroitement avec André Bousquet « Cadum », inspecteur aux renseignements généraux. Dès l’été 1943, il parvient à infiltrer le Rassemblement national populaire, le RNP. Le 15 octobre 1943, Achille se rend avec ses chefs du RNP, Blanc et Bouniol à Paris sur convocation de Marcel Déat au Comité Central du RNP présidé par Albertini qui le désigne chef départemental du RNP de l’Ariège. Déat leur donne comme directives d’obtenir des renseignements politiques sur les fonctionnaires, de recruter des militants sur le modèle du PPF et de se mettre en relation avec les polices françaises et allemandes.

Trois jours plus tard, de retour à Toulouse, avec la complicité d’André Bousquet, il organise la neutralisation de ses rivaux. Conduits au château de Brax, Blanc et Bouniol sont interrogés et exécutés. Quelques jours après, il devient chef régional du RNP, adoubé par Marcel Déat.

Dès lors, les relations d’Achille Viadieu approchent le cœur du dispositif de répression nazi à Toulouse. Il invite ainsi à sa table des officiers du SD (Sicherheitsdienst, Service de sûreté, communément raccourci en Gestapo), en particulier le redoutable Stubbe et l’un de ses adjoints, Lehmann. Leur arrivée rue Valade était toujours bruyante, claquant les bottes si fortement, qu’ils terrorisaient le jeune Pierre. La fille d’Achille, Eliane, se souvient très bien de ces visiteurs peu sympathiques. Lors de ces invitations, Marcel Taillandier était parfois présent.

ROUS RNP

Pierre Rous

C’est à partir de novembre 1943 que les archives de la SNCF signalent les « absences irrégulières » de leur agent Achille Viadieu. Effectivement, Viadieu n’a plus le temps de faire semblant, il est de la plupart des actions du réseau. Début novembre 1943, il met à profit ses nouveaux moyens, véhicule, ausweiss , faux-papiers en tout genre et autres, pour une action de neutralisation d’un belge au service de la Gestapo à Narbonne. Cette action est organisée par Pierre 21_111-4Rous, X3 du réseau Morhange. « Homme exceptionnel » selon Daniel Latapie, historien de la Résistance en Haute-Garonne, Pierre Rous était sans nul doute un homme aux milles ressources et aux talents multiples comme ses relations dans le milieu toulousain.

Infiltration de la Gestapo française de la rue Lauriston

Les relations d’Achille Viadieu et de Pierre Rous pouvaient permettre à Morhange d’infiltrer les milieux de la Gestapo parisienne française, en particulier celle du 93 rue Lauriston, la bande Bony-Laffont ou « la Carlingue ».

Nous savons peu de choses sur cette infiltration, mais toujours est-il que Pierre Loutrel dit « Pierrot le fou » semble avoir joué un rôle non négligeable auprès de Morhange. De fait, le « gangster » a rejoint le réseau à Toulouse à l’été 1944.

Début mars 1944, Achille se rend à Paris avec Jacques Combatalade, X5, officiellement pour la cérémonie du 50ème anniversaire de Marcel Déat. Parallèlement, Marcel Taillandier et Pierre Rous tentent  d’infiltrer l’immeuble de la rue Lauriston.

Peut-être Pierre Loutrel a-t-il joué un rôle quand quelques jours plus tard quatre hommes de la bande Bonny-Lafont sont venus à Toulouse pour supprimer Morhange ? Achille Viadieu, averti, a ainsi pu les duper et les convaincre de venir au domaine de Gagen près de Saint-Lys où un groupe de résistants de Morhange les attendait. Une fusillade a éclaté et les quatre hommes ont été tués et enterrés dans le jardin du domaine.

Démasqué en Espagne

En mai 1944, Achille se rend à Barcelone avec Marcel Taillandier, Calle Montaner dans une antenne des services spéciaux français Leur PC est établi dans une boite de nuit « la Buena Samba » réquisitionnée par les Services.

Marcel Taillandier et Achille Viadieu y sont photographiés par des agents nazis infiltrés calle Montaner.

De retour à Toulouse, ils apprennent qu’Aline Viadieu a été interrogée par les officiers du SD. Les Allemands souhaiteraient revoir les gens qui se trouvaient avec eux à déjeuner rue Valade la dernière fois. Il s’agissait de Marcel Taillandier et de Pierre Rous. Lehmann a laissé repartir Aline, qui terrorisée est partie se cacher avec ses enfants.

Taillandier ordonne à Achille Viadieu de partir immédiatement en Espagne avec sa famille. Le départ est prévu le 3 juin à l’aube.

La dernière opération

Jacky COMBATALADE

Jacky COMBATALADE

 La veille du départ, dans la soirée du 2 juin 1944, Achille est avec Jacky Combatalade. Ils décident de s’arrêter dans un café de la place du fer à cheval. Ils y retrouvent leurs camarades en train de préparer une action imminente contre un résistant passé au service de la Gestapo. Il manque une voiture pour boucler le dispositif. Achille convainc Jacky.

Le rendez-vous est fixé le soir même sous l’horloge du Capitole.

Achille Viadieu et Jacques Combatalade ne sont là que pour assurer la surveillance depuis leur traction. Découvrant la présence de miliciens cachés sous les arcades, ils font le tour de la place pour prévenir les autres membres de l’opération. La Gestapo, dissimulée sous les arcades aux côtés des Stosstruppen (troupes de choc) français, a reconnu Achille Viadieu. La voiture des deux résistants est aussitôt  mitraillée et pourchassée dans les rues de Toulouse.

VIADIEUJacques Combatalade au volant, essaie de semer les poursuivants. Sa traction dérape au carrefour de la rue des Récollets dans le quartier saint-Michel. Achille Viadieu a à peine le temps de sortir de la voiture. Une rafale de mitraillette le tue sur le coup.

Jacques Combatalade, gravement blessé, est conduit à l’hôpital Purpan puis à la prison St Michel. Le réseau parviendra à le libérer quelques semaines plus tard.

Achille Viadieu fut élevé au grade de Capitaine à titre posthume.

Texte Elérika Leroy

Un merci tout particulier à Éliane Viadieu pour ses photographies familiales qui permettent de montrer Achille Viadieu autrement. Jusqu’à présent, un seul portrait officiel  existait.

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Plaque rue Achille Viadieu, Toulouse.

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