Libération de Toulouse, 19-20 août 1944

BM 1944 couv
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Une armée sans uniforme sort de l’ombre

 Toulouse libéré

Après plus de 20 mois d’occupation, Toulouse est totalement libérée du joug nazi le 20 août 1944. Les combattants de la Résistance unis au sein des Forces Françaises de l’Intérieur sortent au grand jour. Une période de trois ou quatre jours marque la transition entre l’État Français, le régime de Vichy et la République Française.

Le calme revenu les nouvelles autorités reprennent rapidement les rênes du pouvoir pour rétablir la légalité républicaine.

Le "groupe Matabiau Composé de cheminots, de syndicalistes, de FTPF, de communistes, ce groupe s'est formé et a déclenché les premiers combats de la Libération en sabotant les moyens ferroviaires et en affrontant les soldats allemands. Le groupe a perdu plus d'une trentaine de combattants pour la Libération de Toulouse.

Le « groupe Matabiau »
Composé de cheminots, de syndicalistes, de FTPF, de communistes, ce groupe s’est rapidement organisé et a déclenché les premiers combats de la Libération en sabotant les moyens ferroviaires et en affrontant les soldats allemands. Le groupe a perdu près d’une trentaine de combattants pour la Libération de Toulouse.

Au matin du 20 août, à l’appel du colonel Ravanel, les combattants de la Résistance arrivent de toute la région : maquis du Lot, Bataillon de l’Armagnac, Brigade du Cramaussel du Corps Franc Pommiès, corps-francs de la Libération du Tarn et du Tarn-et-Garonne… Des barricades sont dressées aux points stratégiques de la ville. Les hommes du Maquis Roger prennent position sur les ponts. En fin de journée, Toulouse est entièrement contrôlée.

Barricade rue Roquelaine, collection Louis Taudou

Barricade rue Roquelaine, collection Louis Taudou

FFI CapitoleLa fuite des Allemands est cependant marquée par de nouveaux massacres. Dix-neuf habitants de Villaudric entre Toulouse et Fronton sont fusillés devant le café du village dans l’après-midi du 20 août. D’autres drames marquent toute la région, comme à Rimont en Ariège, village anéanti le 21 août.

Place du Capitole le 21 août 1944 Collection Archives municipales de Toulouse

Place du Capitole le 21 août 1944
Collection Archives municipales de Toulouse

Toulouse reste une zone sensible pendant quelques jours en raison des colonnes allemandes venant des Landes ou des Pyrénées qui tentent de remonter vers la vallée du Rhône. Arrêtés par les FFI, les Allemands vont progressivement être enfermés dans les camps où quelques semaines auparavant des juifs, des étrangers et tous les opposants étaient séquestrés.

maquisard gpDes échanges de coup de feu ont encore lieu : “on” tire des toits, des miliciens sont encore dans Toulouse…Pendant quelques jours, jusqu’au 25 août, Toulouse vit une phase de transition. Mais, une fois installées, les nouvelles forces de l’ordre reprennent les choses en main. La légende de “Toulouse la Rouge” est une rumeur infondée et mensongère. Les nouvelles autorités issues de la Résistance ont rapidement rétabli la légalité républicaine.

Ravanel, Bertaux, Carovis, 25 aout 1944

Le Colonel Serge Ravanel, Pierre Bertaux, le Commissaire de la République, et Jean Carovis, le président du Conseil départemental de la Libération, devant le Monument aux morts le 25 août 1944.

 

 

Les FFI

Collection du Musée de la Résistance et de la Déportation de Haute-Garonne

Collection du Musée de la Résistance et de la Déportation de Haute-Garonne

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur

 Nées du processus d’unification de la Résistance, les Forces Françaises de l’Intérieur sont créées en mai 1944. Elles unissent les principales forces combattantes de la Résistance sous l’autorité du général Koenig en zone Sud. En R4, la région de Toulouse, les F.F.I. sont commandés par le jeune colonel Serge Ravanel.

 

L’unification militaire de la Résistance fut confrontée à de multiples difficultés.  Mais après être parvenu à unir des chefs à forte personnalité et à faire face à la disparition des grands responsables comme François Verdier, Raymond Naves ou Louis Pélissier le processus parvient au printemps 1944 à la création des F.F.I. conformément au programme du Conseil National de la Résistance.

 

Les composantes

Les FFI rassemblaient l’ensemble des forces combattantes de la Résistance régionale :

Les FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) comptaient à l’été 1944 un effectif de près de 16 000 combattants en R4.

L’AS (Armée Secrète) fut intégrée au sein des C.F.L. (Corps Francs de la Libération) en avril 1944. L’A.S. était au départ l’union des composantes armées des trois principaux Mouvements de Résistance (Libération, Combat et Franc-Tireur). Elle fut rejointe progressivement par d’autres organisations. En août 1944, les C.F.L. comptent plus de 14 000 combattants en R4 (grande région toulousaine).

L’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) était commandée dans la région par André Pommiès. Officier de carrière, le commandant Pommiès avait fondé un groupe, le Corps Franc Pyrénéen en 1942 sur un mode de fonctionnement rigoureusement militaire. En liaison directe avec Londres, le CFP était bien équipé en armes et comptait en août 1944 environ 9400 hommes.

 

Défilé des Guérilleros au Monument en mort. Photo restée célèbre car les Espagnols défilent avec le casque allemand sur la tête peint en bleu. Photo Jean Dieuzaide

Défilé des Guérilleros au Monument aux morts. Photographie restée célèbre car les Espagnols défilent avec le casque allemand sur la tête peint en bleu.
Photo Jean Dieuzaide

Aux principales organisations de la Résistance s’ajoutaient aussi les Guérilléros espagnols rattachés aux F.F.I. en mai 1944. Comptant quelques 3 500 hommes en R4, les Guérilléros participèrent très activement aux combats de la Libération.

 

Les forces combattantes de la Résistance étaient unies au sein des F.F.I. dans un objectif commun : « Lutter contre l’envahisseur et les traîtres de Vichy » .Le commandement de cette armée d’union était exercé par des représentants de chaque mouvement. Toutes fois, sur le terrain l’unification n’était pas aussi concrète. Chaque groupe ou maquis conservait une certaine autonomie, favorisée par les difficultés de communication. Le problème du ravitaillement et des parachutages n’est pas réglé. Il existe des écarts de moyens entre ceux qui sont régulièrement et correctement livré (comme l’O.R.A.) et ceux qui doivent faire face à un manque criant de moyens (particulièrement chez les F.T.P.F.).

Serge Ravanel tente d’alerter le général Koenig dans un télégramme adressé début juillet 1944. « Me permets attirer votre attention sur situation tragique Résistance R4-stop-Avec rudimentaire armement, groupes peu nombreux et souvent inexpérimentés, moyens liaisons nuls, avons réussi cependant à créer une armée nationale d’esprit jeune et neuf plaçant ennemis dans climat insécurité extrême -stop- Essayons créer autour de nous Unités de toutes forces vives du pays – stop – Voyons nos hommes se faire tuer sans armes et renouvelant plus hautes traditions militaires françaises –stop- (…) »

Serge Ravanel en septembre 1944. Jean Dieuzaide

Serge Ravanel en septembre 1944.
Jean Dieuzaide

Serge Ravanel (1920-2009)

Chef régional des F.F.I.

Né en 1920, Polytechnicien, Serge Ravanel entre dans la Résistance dès 1941. Membre de Libération Sud à Lyon, il est nommé à la tête des Groupes Francs des MUR (Mouvements Unis de Résistance). En octobre 1943, l’un de ses groupes francs attaque la fourgonnette de la gestapo qui transportait Raymond Aubrac. En juin 1944, il est nommé par le Général Koenig, chef régional de l’ensemble des forces militaires régionales. Colonel FFI, Serge Ravanel coordonne avec une grande efficacité les combats de la Libération. Nommé commandant de la Région Militaire de Toulouse, il organise les F.F.I. en unités régulières, dans l’idée d’une armée nouvelle.

Serge Ravanel a été fait Compagnon de la Libération.

 

 

 

Jean-Pierre Vernant (1914-2007)

Jean-Pierre Vernant fut également l’artisan de la Libération de Toulouse aux côtés de Serge Ravanel. Professeur de philosophie le jour, il était dans l’ombre le chef de l’Armée secrète en Haute-Garonne.

 

Le professeur Ignace Meyerson et Jean-Pierre Vernant en août 1944. Photo Jean Dieuzaide

Le professeur Ignace Meyerson et Jean-Pierre Vernant en août 1944.
Photo Jean Dieuzaide

En août 1944, aux côtés du colonel Ravanel, Vernant élabore les plans de l’insurrection de Toulouse. Il fait passer toute la gendarmerie dans les rangs de la Résistance. Le 19 août, il entre dans Toulouse à la tête de ses hommes.

Il reste encore quelques mois à Toulouse comme responsable régional des FFI puis retourne enseigner la philosophie à Paris.

Jean-Pierre Vernant a été fait Compagnon de la Libération.

 

 

 

 

Textes Elérika Leroy