Enzo Godéas, un Italien en résistance

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Avis 22 juin 1944

Le 22 juin 1944, à 10h30, Enzo Godéas est fusillé après jugement expéditif d’une cour martiale créée par le régime de Vichy. L’État français ne lui accorde pas le droit de se tenir debout pour faire face à la mort. Grièvement blessé dans l’opération menée contre la propagande nazie au cinéma les Variétés de Toulouse, c’est assis sur une chaise qu’il est fusillé. A ses côtés ce 22 juin 1944 tombe aussi un résistant espagnol du Lot, Diego Rodriguez Collado, 43 ans, communiste.

Une cérémonie a été organisée ce 22 juin 2025 par l’association de l’Amicale des Guérilléros espagnols en France devant l’ancienne prison Saint-Michel de Toulouse.

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DISCOURS 22 JUIN 2025 des GARIBALDIENS

PRISON SAINT MICHEL

HOMMAGE ENZO GODEAS ET DIEGO RODRIGUEZ COLLADO

Extrait du procès verbal d’audition du 17 avril 1944 mené par un inspecteur de police de la 8eme Brigade régionale de police de sûreté de Toulouse:

« Vu les déclarations de M le commissaire principal, chef de la 8e brigade régionale de police de sûreté de Toulouse

entendons le nommé Godéas Enzo, âgé de 18 ans, domicilié à Castelculier, détenu en traitement à l’hôpital de la Grave à Toulouse qui déclare : « en dehors du meurtre de Torricella , à Agen, de l’attentat des Variétés à Toulouse, du cambriolage du château de Bazels, je vous affirme que je n’ai participé à aucun autre crime ou attentat. »

Demande (de l’inspecteur) : de l’examen des documents saisis au cours d’une perquisition chez un membre FTP à Toulouse, il résulte que vous êtes connu dans l’organisation sous le prénom de René et sous les matricules 25, 35 025, 350 025 et que vous vous êtes rendu coupable :

Sous le matricule 35 025

le 28 11 43, vol de 50 kg de tabac avec les FTP

le 16 décembre 1943 à Agen bombe au siège de la milice

le 22 décembre 1943 à Agen, attaque à la grenade contre un détachement allemand devant la caserne.

Le 30 décembre 1943 à Agen attaque d’une ferme dont le propriétaire à été blessé

Le 7 janvier 1944 à Agen assassinat de ‘l’évêque italien) Torricella

Le 16 février 1944 attentat contre la voie ferrée Toulouse – Sète

Sous le matricule 350 025

Mai 1943 : tentative de déraillement d’un train de marchandise à Agen avec les FTP (…) (dont) Raymond Levy

Mai 1943 : tentative de déraillement avec les FTP (…) (dont) Rosine Bet

16 juillet 1943 : incendie d’une batteuse prés d’Agen

4 septembre 1943 : incendie de la propriété de M Lagarde

14 septembre 1943 : incendie de la scierie Trévise »

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Lettre manuscrite d’Enzo Godéas depuis son lit d’hôpital, 18 mars 1944. Dossier de la police de sûreté, Archives départementales de la Haute-Garonne

Enzo n’a que 18 ans lors de cette audition. Ce jeune italien né à Médéa est arrivé dans ses langes avec sa famille en Lot et Garonne. Ils sont nombreux à arriver de la péninsule transalpine fuyant pauvreté et fascisme. Les familles s’installent autour d’Agen, à Castelculier, Colayrac St Cirq, Bon encontre… Comme tous les déracinés, ils ont créé des liens entre gens du même village. Les enfants ont grandi ensemble, les adultes ont partagé cette fraternité qui garde dans le cœur leur terre natale tout en fixant l’horizon à la recherche d’un avenir meilleur.

La pauvreté les a accompagné sur ces terres qui a sacrifié ses hommes à la Grande Guerre. Le fascisme n’a pas mis longtemps à traverser la frontière et à s’installer.

A l’heure du choix, c’est souvent la famille en entier qui s’engage. Les familles italiennes ont choisi leur camp, celui de la liberté et de la fraternité. Qu’ils s’appellent Godéas, Titonel, Zanel ou Bet, les pères s’engagent, les fils, les filles les suivent. Les mères savent et se taisent, prient pour qu’on ne leur prenne pas un fils, un mari, une fille. Les fermes deviennent des lieux où on échangent, on décide, on protège.

Puis vient le temps de l’action, le temps du refus. Jusqu’où sont ils prêt à aller ?

Rosine et Enzo ont sacrifié leur vie. Damira a connu la déportation, les marches de la mort, Nuncio s’est évadé du train que l’on nommera fantôme. Ils n’étaient pas encore majeurs mais savaient pourquoi ils s’engageaient. Ils se sentaient attachés à cette terre qui les avaient accueillis, à ce pays des Droits de l’Homme et du Citoyen que l’on essayait d’étouffer. Ils ont choisi de prendre les armes afin que les bruit de bottes ne couvrent plus les notes de la Marseillaise. Femmes, hommes, ils ont rejoint la 35e Brigade Marcel Langer au coté des polonais, hongrois, français, espagnols.

Le 1er mars 1944, David Frieman, Rosine Bet et Enzo Godéas passent à l’action.

Leur objectif est de faire sauter le cinéma des variétés qui diffuse un film antisémite.

La bombe explose trop tôt. David est tué sur le coup, Rosine décède le lendemain.

Enzo quant à lui sera transféré dans le service du Dr Geraud à l’hôpital Lagrave. Malgré les soins du médecin qui fait traîner sa cicatrisation, Enzo est transféré à la maison St Michel.

Le 22 juin, il y a 81 ans, il passe devant la cour martiale qui le condamne à mort. Son exécution est applicable immédiatement sans possibilité d’appel.

Il est fusillé assis sur une chaise au coté de Diego Rodrigues Collado, un résistant espagnol plus âgé. Deux étrangers réunis dans la mort au nom d’un idéal de liberté, d’égalité et de fraternité, deux enfants de la République.

Marcel Langer, Louis Sabatier, Jacques Grignoux, Enzo Godéas, Louis Devic, Henri Devic, Diego Rodriguez Collado, vos noms résonnent ici. Votre souffrance et votre courage trouve écho dans ceux de vos compagnons de lutte, incarcérés ici, torturés, déportés.

On ne peut pas se tenir ici sans avoir une pensée pour Marie Angèle Del Rio et Yves Bettini, une résistante d’origine espagnole et un résistant d’origine italienne, deux jeunes que la guerre a rendu temporairement apatrides, et dont le nom donné au parvis nous rappelle l’engagement et l’amour qui les a unis.

Combien de mères, de sœurs, de fiancées ont versé de larmes hier et aujourd’hui, ici et ailleurs au nom de la folie des hommes. Être ici aujourd’hui devant cette plaque nous rappelle que les larmes d’une mère quelque soit sa nationalité, sa culture, sa religion ne doivent plus être celles de la douleur d’avoir perdu un enfant.

Ces hommes, ces femmes , ces résistants nous ont transmis des valeurs d’engagement, de fraternité, de défense des libertés. Il nous appartient à notre tour de les défendre et de les transmettre. A l’heure où le monde implose sous le poids de la haine, prenons le partie de la différence, celui de la paix et de la fraternité.

Isabelle Godéas, Présidente des Garibaldiens de Toulouse

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Ermine et Isabelle Godéas, porte-drapeau et présidente des Garibaldiens devant le poteau d’exécution de la prison.

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Hommage de l’artiste Matt2 StreetArt aux trois combattants de la 35ème Brigade DTP-MOI Marcel Langer tombés dans l’opération au cinéma les Variétés le 1er mars 1944.

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D’autres Italiens engagés dans la Résistance :

Rosine Bet

Damira Titonel Asperti

Silvio Trentin

Francisco Fausto Nitti

Enzo Lorenzi

Cérémonie du dimanche 2 février 2025

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81ème anniversaire de l’assassinat de François Verdier en forêt de Bouconne

pref papillonIls vivaient la fraternité dans son sens le plus noble, en créant ce lien d’unité et de solidarité entre les individus sans distinction d’origine, de culture ou de religion.

Isabelle Godéas

 

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Film de la cérémonie 2025

 

 

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Les élèves du collège François Verdier de Lézat-sur-Lèze en Ariège, ville natale du chef de la Résistance, ont préparé avec leurs enseignants un hommage émouvant, original et musical.

Intervention des élèves du collège.

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IMG_20250202_111217Jérôme Leveillé, Principal du collège François Verdier de Lézat-sur-Lèze

Cher Monsieur François VERDIER,
Tous les jours nous honorons votre action, votre œuvre, votre lutte en portant fièrement votre nom au fronton de notre collège.
Tous les matins, une foule enthousiaste et insouciante de jeunes haut-garonnais et ariégeois entre dans l’établissement en passant sous le drapeau de la République et devant votre nom gravé en lettres d’or.
Tous les matins, les élèves peuvent lire sur cette pierre :

FORAIN FRANCOIS VERDIER NE A LEZAT LE 7 SEPTEMBRE 1900
ASSASSINE PAR LA GESTAPO EN FORET DE BOUCONNE LE 27 JANVIER 1944

Ces mots nous obligent et nous honorent
Ces mots nous obligent car ils nous rappellent que le travail de mémoire du passé est toujours et encore d’actualité. Tous, élèves et adultes, nous devons inlassablement travailler à entretenir, à maintenir un climat d’empathie, d’ouverture et de tolérance les uns envers les autres.
Ces mots nous honorent car ils sont le rappel silencieux de notre devoir, de notre dette envers vous :
NOTRE LIBERTE, NOTRE DIGNITE !
Le 27 janvier 1944, des bourreaux vous ont volé votre vie, un an jour pour jour avant que le monde

Mot de Jérôme LEVEILLE, Principal du collège de Lézat sur Lèze.

 

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IMG_20250202_112954Isabelle Godéas, Présidente des Garibaldiens de Toulouse

A l’heure où l’étranger devient suspect, rappelons-nous qu’un jour, cet étranger a refusé le fascisme et s’est engagé sans s’interroger sur la légitimité de son engagement. A t’il raison de s’engager pour un pays dans lequel il n’a pas de racine ? En a-t-il seulement le droit? S’est-il posé la question du risque qu’il prend ?
Parmi ceux qui ont connus la mort ou la déporta􀆟on, je citerai :
Marcel Langer, polonais juif, responsable de la 35e Brigade FTP-MOI, guillotiné le 23 juillet 1943 ; L’espagnol Francisco Ponzan Vidal, passeur anarchiste à la tête de son réseau pyrénéen, fusillé, le corps brûlé en forêt de Buzet avec 53 autres compagnons ; Et bien évidemment des résistants italiens, Rosina Bet, tuée dans l’attentat des variétés, la famille Titonel, déportée, Francisco Fausto Nitti, déporté, et tant d’autres.
Certains ont été en contact avec François Verdier. C’est le cas de Silvio Trentin, ancien parlementaire italien, professeur de droit devenu libraire rue du Languedoc. Sa boutique était un lieu de rencontre pour les antifascistes italiens, de nombreux réfugiés ainsi que ceux qui voulaient faire quelque chose. François Verdier faisait partie de ceux qui fréquentaient les lieux et avec qui il fit un bout de chemin au sein du groupe « Liberté, Égalité, Fraternité »

Allocution de Madame Isabelle GODEAS, Présidente des Garibaldiens.

 

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IMG_20250202_113945Didier Goupil, écrivain

Pour la première fois, une fiction est lue lors de l’hommage annuel en forêt, une nouvelle épistolaire créée par Didier Goupil, accompagné par Pierre Lasry à la guitare.

FORAIN

 … Durant la guerre, la forêt de Bouconne avait retrouvé une activité qu’elle n’avait plus connue depuis des lustres. Outre les bûcherons et les charbonniers, on y croisait les jeunes gens enrôlés dans les chantiers de jeunesse, des femmes venues de Mondonville ou de Cornebarrieu pour glaner la bourdaine, indispensable à la fabrication de la poudre, et bien sûr les groupes de miliciens espagnols frayant les fourrés à la recherche des résistants qui s’y cachaient.

Autant dire que mon père, en bon garde-forestier, ne manquait pas de travail et, ayant mis de côté mes études, j’avais pris l’habitude de l’accompagner dans sa tournée. C’est ainsi qu’au matin de ce 27 janvier, nous arpentions les bois aux abords de la tour du Télégraphe, quand, cisaillant le silence, une détonation nous saisit sur place.

L’aboiement d’un chevreuil… ?

Le coup de feu d’un braconnier… ?

À peine le temps de nous poser la question qu’une explosion déchira l’air, faisant trembler le sol et les arbres autour de nous.

Nous n’étions qu’à quelques bosquets et nous nous sommes mis à courir vers l’endroit d’où elle provenait.

C’est quand nous sommes arrivés dans la clairière… que nous vous avons vu, étendu dans l’herbe, les bras le long du corps.

Nous nous sommes approchés à pas prudents.

« Les salauds ! » a craché mon père entre ses dents.

Vous n’aviez plus de tête.

Une balle trouait votre veste au niveau du ventre, mais surtout, vous n’aviez plus de tête. Une tache de sang, une tache de sang qui grandissait à vue d’œil, avait pris la place de votre visage.

Allocution de Monsieur Didier GOUPIL, Ecrivain.

Pierre Lasry

Pierre Lasry

 

Interprétation de « Nuit et Brouillard » par Eugénie Berrocq chanteuse lyrique

Cérémonie françois Verdier 2025 (2)Et le Chant du partisan

Chants par Madame Eugénie BERROCQ

 

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Dépôt de gerbe par Alain Verdier et deux élèves du collège François Verdier

M. Pierre-André Durand, Préfet de la Région Occitanie, Préfet de la Haute-Garonne

M. Pierre-André Durand, Préfet de la Région Occitanie, Préfet de la Haute-Garonne

P2020078P2020159L’association remercie les nombreux porte-drapeaux de Haute-Garonne et d’Ariège de leur fidélité à cette cérémonie.

Photographies des Porte-drapeaux

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Presse

 

Alain Verdier, France Bleu

Alain Verdier, France Bleu

« Les valeurs pour lesquelles mon grand-père a perdu la vie »

 

Le Petit journal

Le Petit journal

Hommage à Forain François Verdier

Dépêche du Midi

Dépêche du Midi

Rassemblement à Bouconne pour Forain François Verdier

Maurice Fonvieille

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Portrait officiel de Maurice Fonvieille

Maurice Fonvieille

(1896-1945)

dit Rayssac

 

 

Instituteur à Pibrac

Né à Montlaur dans une famille laïque et républicaine, Maurice Fonvieille vit une jeunesse anticonformiste. A 16 ans, s’opposant à son père, il quitte sa famille pour un long périple en Allemagne et en Russie. La Première Guerre mondiale le ramène à des heures plus sombres et c’est grièvement blessé qu’il rentre du front en 1918. Secrétaire fédéral des Jeunesses socialistes, franc-maçon, il est en 1925 le plus jeune élu du conseil municipal de Toulouse sous le mandat d’Etienne Billières. Suivant l’exemple de sa femme Adrienne, il devient instituteur. Tous deux enseignent à l’école communale de Pibrac de 1927 à 1931.

Adrienne et Maurice Fonvieille à l'école de Pibrac, 1929. DR

Adrienne et Maurice Fonvieille à l’école de Pibrac, 1929. DR

Revenu à Toulouse, Maurice Fonvieille s’engage au sein du Syndicat national des instituteurs (SNI) et participe à la création du Groupement des campeurs universitaires (GCU) qui œuvre au développement des camps de plein air autogérés lors du Front populaire. Animé par des valeurs humanistes, laïques, solidaires et conviviales, il crée la revue « Plein air et culture ».

Maurice Fonvieille au centre avec chapeau et écharpe, école du centre, Toulouse. Collection privée

Maurice Fonvieille au centre avec chapeau et écharpe, école du centre, Toulouse. Collection privée

La Résistance, l’évidence d’un engagement: Libérer et Fédérer

En 1940, il fait partie des premiers opposants au régime de Vichy qui représente tout ce que Maurice Fonvieille honnit. Il participe à la création d’un mouvement de Résistance unique en France, Libérer et Fédérer, seul mouvement créé par un étranger, l’Italien antifasciste Silvio Trentin. Il en devient l’un des responsables et multiplie les actions clandestines, de la propagande aux actions armées. En décembre 1943 et janvier 1944, il héberge à son domicile 24 aviateurs alliés en attente de passage par les Pyrénées pour le réseau d’évasion Françoise.

Une de Libérer et Fédérer, juillet 1942. Collection Musée de la Résistance et de la Déportation de la Haute-GaronneUne de Libérer et Fédérer, juillet 1942. Collection Musée de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne

 

Déportation

Le 4 février 1944, Maurice Fonvieille est arrêté à l’imprimerie d’Henri Lion alors qu’il vient récupérer des documents pour Libérer et Fédérer. La Gestapo, bien informée, y a tendu une souricière, arrête tout le personnel ainsi que tous ceux qui y travaillent (comme Georges Seguy) et qui s’y présentent.

Imprimerie Lion, rue Croix-Baragnon à Toulouse. DR

Imprimerie Lion, rue Croix-Baragnon à Toulouse. DR

 

En mars 1944, Maurice Fonvieille est déporté au camp de concentration de Mauthausen puis au Kommando de Gusen où il meurt en avril 1945.

 

 

 

Hommage à Maurice Fonvieille à Pibrac le 25 mars 2022: Discours de Jacqueline Fonvieille-Ferrasse, sa petite-fille

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Monsieur le Président du Conseil Départemental, Madame le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le porte-drapeau, Mesdames, Messieurs, chers enfants…

C’est un plaisir et un honneur. Une fierté aussi bien sûr, que Maurice soit, une nouvelle fois, célébré sur ces terres qui ont tant compté pour lui, pour Adrienne et leurs fils. Ces quelques années ici ont dû être bien sereines pour que leur souvenir se soit perpétué jusqu’à nous, faisant de Pibrac son ancrage territorial, plus que son village natal de Montlaur qu’il avait fui, très jeune après un désaccord avec son père.
La disparition tragique de mon grand-père n’a pas seulement figé son image autour d’un unique portrait qui a accompagné mon enfance : le silence et la tristesse des miens ont tu les souvenirs et quand le héros prend toute la place, on oublie l’homme qui a fait le héros… Or, il résonne ici bien plus qu’ailleurs.
Sa vie a été un roman : il quitte Montlaur en 1913, brevet élémentaire en poche. Il a 16 ans à peine. Une photo découverte récemment le montre cette même année en Vendée où il a dû embarquer pour l’Allemagne puis la Russie, il revient en 14, monte au front en 16, est blessé en 18, épouse Adrienne, sa marraine de guerre, une institutrice. De toute évidence, le jeune homme aux semelles de vent a changé : sa révolte a pris la forme de ses engagements… multiples. Militant à la SFIO, franc-maçon, secrétaire général des jeunesses socialistes, plus jeune conseiller municipal de Toulouse sous le mandat d’Étienne Billères, il gagne sa vie comme représentant d’une marque de savons avant de devenir lui aussi instituteur ce qui lui offre l’opportunité de nouveaux combats : le syndicalisme et, très vite, les mouvements mutualistes auxquels le Front Populaire donne des ailes, la MAAIF et le Groupement des Campeurs Universitaires qui en émane, sorte de laboratoire de l’autogestion de ceux que l’on a appelé les Campeurs de la République. Il en sera le premier secrétaire et fondateur de la revue Plein air et culture qui existe encore aujourd’hui.
Bien avant la guerre, mon grand-père est déjà un militant, un homme engagé.

On pose souvent la question : comment devient-on résistant ? Je crois à une posture préalable liée aux valeurs que l’on porte et aux rencontres que l’on fait. Les deux inextricablement liées et menant aux engagements multiples d’une vie. Les valeurs suscitent les rencontres et celles-ci les renforcent, les étayent, leur ouvrent un champ d’action. Très jeune, Maurice a été en contact avec des instituteurs républicains laïques dans ces terres vendéennes qui ont été le creuset du mouvement mutualiste, on sait le rôle qu’ont joué les tranchées dans les échanges et la circulation des idées,puis il y a eu le Congrès de Tours et le choix assumé de rester dans le giron de la SFIO, puis 1934 et la montée des ligues factieuses, les manifestations antifascistes auxquelles il a participé…, enfin le Font Populaire et le soutien aux Républicains espagnols. Manifestement il aime l’inconfort de la lutte et la mémoire familiale a transmis le souvenir d’une candidature qu’il avait demandée dans un canton
imprenable… ce fut celui de Villefranche de Lauragais…
On connait mieux la suite : il fait partie du Comité directeur de Libérer et Fédérer, mouvement de résistance extrêmement original – le seul à n’avoir pas voulu prêter allégeance au général de Gaulle – directement rattaché aux services secrets britanniques. Leur programme est très proche de celui du CNR et antérieur. Mon grand-père est arrêté à l’imprimerie des Frères Lion où est tendue une souricière. S’en est suivi le parcours sinistrement classique des déportés : Saint-Michel, Compiègne, Mauthausen puis le camp satellite de Gusen où il meurt en avril 1945, quelques jours avant la libération du camp par les troupes américaines.
Le travail de mémoire que nous devons à nos résistants et déportés politiques me préoccupe depuis de longues années et je suis enfin parvenue à me départir d’un sentiment d’illégitimité à pouvoir l’évoquer. Nous vivons un moment charnière où les derniers témoins ont disparu et où il nous incombe de transmettre coûte que coûte – et différemment de nos parents empêtrés dans des deuils impossibles – l’histoire de leurs combats qui restent encore en grande partie les nôtres.
Jacqueline Fonvieille- Ferrasse

 

 

Mémoire

Rue Maurice FONVIEILLE

École Maurice Fonvieille de Pibrac

École Maurice Fonvieille de Pibrac

 

Panneau "Chemin de mémoire - Haute-Garonne Résistante" apposé à Pibrac le 25 mars 2022

Panneau « Chemin de mémoire – Haute-Garonne Résistante » apposé à Pibrac le 25 mars 2022

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Raymond Naves

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Le professeur Raymond Naves en 1933 Photographie P. Petremann, collection privée

Raymond Naves

(1902 – 1944)

« Grange » « Leverrier »

Docteur ès Lettres, c’est à la Sorbonne qu’il soutient sa thèse « le Gout de Voltaire » et publie une thèse complémentaire en 1939 sur Voltaire et l’Encyclopédie qui font toujours référence aujourd’hui.

Il accepte un poste dans la ville de son enfance à la Faculté de lettres de Toulouse en 1937. Ce spécialiste reconnu du Siècle des Lumières attire des foules d’étudiants et d’adultes qui se pressent dans des amphithéâtres trop petits.

Ecrivain et poète, Raymond Naves est également engagé politiquement, à la SFIO, il est pourtant hostile à la politique de non-intervention en Espagne. Engagé également au syndicat, il donne des cours à la Bourse du travail, appliquant son souci de la pédagogie simple et accessible.

 

Un enseignant humaniste

En 1939, lieutenant de réserve, il est mobilisé près de Reims et rentre bouleversé par le désordre et l’impréparation de l’armée. Il est révulsé par les attaques contre la République (il propose même de témoigner en faveur des ministres du Front populaire au procès de Rioms). Il trouve un peu d’apaisement dans ses cours sur le Siècle des Lumières auprès de ses étudiants et participe régulièrement aux réunions de la librairie du Languedoc.

Vive la liberté

En 1941, le professeur Naves soutient une revue clandestine publiée par un petit groupe d’étudiants appelé « Vive la Liberté ». Ce groupe publie une revue clandestine tirée à 300 exemplaires.Le groupe est démantelé par la police en décembre 1941, ses quatre animateurs sont arrêtés et sévèrement condamnés.

La même année 1941, Raymond Naves rejoint le Comité d’Action Socialiste (CAS) afin de rompre avec les parlementaires socialistes ayant voté les pleins pouvoirs à Pétain. Il  en prend la tête au niveau régional.

Raymond Naves devient rédacteur en chef du journal du parti clandestin « le Populaire du Sud-Ouest » imprimé chez les frères Lion. En 1942, il dirige au niveau régional le réseau de renseignement Froment, en lien avec Londres. L’investissement de Raymond Naves dans la Résistance devient de plus en plus important et l’oblige à se déplacer dans toute la région. Il poursuit néanmoins ses cours à la faculté.

Avec l’aide d’Henri Docquiert, son secrétaire, Raymond Naves met en place un journal clandestin « le Populaire du Sud Ouest». Raymond Naves en donne l’esprit dans l’éditorial.

Un grand chef de la Résistance

En 1943, les responsables de la Résistance le choisissent comme futur Maire de Toulouse à la Libération. Raymond Naves travaille étroitement avec François Verdier à l’élaboration des Mouvements Unis de Résistance. Ils ont la même conception de la Résistance.

Après l’arrestation de François Verdier, en décembre 1943, Raymond Naves est convoqué à Paris où il se voit confier l’organisation militaire et la coordination des Mouvements unis de Résistance dans la région.

En janvier 1944, responsable régional de l’Armée secrète, la clandestinité devient une obligation pour lui.  Raymond Naves accepte se loger ailleurs qu’à son domicile, mais il veut terminer un cours sur Proust pour ses étudiants à l’agrégation.

Raymond Naves est arrêté le 24 février 1944 sur le chemin de la Faculté par la police allemande. Quelques jours après le démantèlement de l’imprimerie des frères Lion, l’arrestation de Raymond Naves est un coup terrible pour la Résistance toulousaine.

Après les séances de torture au siège de la Gestapo, Raymond Naves est enfermé à la prison Saint-Michel puis transféré au camp de Compiègne.

Fin avril 1944, Raymond Naves est déporté au camp d’Auschwitz (matricule 186126). Il meurt de maladie et d’épuisement une quinzaine de jours après son arrivée (vers le 11 ou 15 mai 1944).

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Raymond Naves, un humaniste en résistance par Pierre Petremann

Editions Loubatières, Toulouse, 2020.

Compte-rendu de lecture

La biographie écrite par l’historien Pierre Petremann rend non seulement hommage au parcours de résistant de Raymond Naves mais donne surtout la pleine mesure de l’homme qu’il fut. De l’intellectuel spécialiste du Siècle des Lumières et de Voltaire à ses engagements humanistes, de sa lucidité et sa franchise assumées par ses prises de positions face à la débâcle de 1940 et lors du procès de Riom, cet homme politique et syndicaliste avait par-dessus tout la vocation de l’enseignement. C’est cette vocation qui sera à l’origine de son arrestation par la police allemande le 24 février 1944, alors que chef régional de l’Armée secrète en R4 (région Midi Pyrénées élargie au Lot et Garonne), il se rend à la faculté de lettres de Toulouse pour assurer son cours sur Marcel Proust à destination des étudiants candidats à l’agrégation. Les dernières opérations menées par les nazis contre la Résistance auraient dû lui faire prendre le chemin d’une totale clandestinité, mais la mission de Raymond Naves fut la plus importante.

Raymond Naves est né à Paris en 1902, où son père, François, avait été nommé à un poste de rédacteur au ministère des Finances. Cependant, le berceau familial des Naves se trouve en Haute-Garonne, à Poucharramet, petit village près de Muret. La famille de Raymond Naves appartenait à l’aristocratie rurale, propriétaires ou cultivateurs depuis le XVIIIème siècle. Son grand-père, Jean-Baptiste Naves, républicain, fut un opposant au régime du Second Empire.

Raymond Naves vit donc sa prime enfance à Paris, boulevard Saint-Germain, loin de ce monde rural auquel il accordera une grande importance dans sa vie d’adulte. Son père est muté à Bordeaux en 1911, ville dans laquelle il effectua l’essentiel de sa scolarité. Raymond se retrouve seul avec sa mère, Jeanne, puisqu’en 1914 François Naves, alors âgé de 48 ans, s’engage volontairement. Son père revient en 1917, profondément marqué par les conditions de la guerre, particulièrement meurtri à tel point qu’il demande sa mise à la retraite. La famille quitte Bordeaux pour Toulouse où Raymond intègre le lycée Fermat pour une première littéraire. C’est un élève brillant qui réussit avec brio le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris. Il obtint l’agrégation de lettres en 1923, à l’âge de 21 ans. Après son service militaire, il épouse en 1924 Marie Valette, enseignante originaire de Marseillan dans l’Hérault. Raymond Naves commence sa carrière d’enseignant au lycée de Carcassonne où il souhaitait s’installer. L’académie décide néanmoins de l’envoyer dans le Nord de la France, à Douai. Finalement, Raymond Naves obtient un poste un an plus tard au lycée de Montpellier, où naît son fils Francis en 1926, puis l’année suivante à Béziers, au lycée Henri IV. Ses parents, François et Jeanne, s’installent à leur tour à Béziers. Les quatre années que Raymond Naves passent à Béziers marquent son parcours politique et syndical, ainsi que littéraire puisque c’est là qu’il entreprend un long travail sur Voltaire. En 1928, Raymond Naves est nommé à Paris, puis il est envoyé à Marseille avant de revenir à Paris en 1933. En 1937, Raymond Naves soutient brillamment sa thèse de doctorat « le goût de Voltaire » qui change radicalement le regard porté jusqu’alors sur Voltaire (Pierre Petremann développe longuement l’importance de Voltaire pour Raymond Naves et ce que fut pour lui « la passion des Lumières » dans le chapitre 4). La même année il est nommé au Lycée Louis-le-Grand puis obtient finalement un poste les mois suivants à la faculté de lettres de Toulouse. Ses années de pérégrination sont marquées par une forte production littéraire, dont de nombreux ouvrages pédagogiques pour des étudiants en lettres. Jusqu’à la fin de sa courte vie, même aux heures les plus noires, Raymond Naves n’aura de cesse d’écrire.

Parallèlement à sa vie d’enseignant, Raymond Naves s’engage politiquement et syndicalement.

Dès son entrée à l’Ecole Normale Supérieure, il rejoint le syndicat des membres de l’enseignement secondaire et supérieur, affilié à la CGT dite confédérée, fondé par Ludovic Zoretti en 1923. C’était un choix rare par les enseignants du secondaire qui majoritairement adhéraient à la Fédération  des membres de l’enseignement laïc. Ce choix correspondait à son engagement socialiste qui lui permit de travailler à la question de la réforme de l’enseignement. Raymond Naves fut un militant actif et exerça des responsabilités comme secrétaire de la section de l’Hérault fondée en 1927. Ses interventions furent marquées par son engagement profond pour la défense des « catégories inférieures » et sa vision syndicale était empreinte de justice sociale. Devenu professeur d’université, il poursuivit son militantisme au syndicat de l’enseignement supérieur de la CGT. A Toulouse, il fut très proche du secrétaire de l’Union régionale, Julien Forgues. A la Bourse du travail, Raymond Naves aura une activité capitale dans les Collèges du travail, créés en 1933, militant de la première heure pour l’éducation ouvrière. Raymond Naves donna ses premiers cours en 1938 et enseigna également par la suite le français aux réfugiés espagnols.

En 1936, Raymond Naves s’engage pour la défense de la République espagnole et refuse la politique de non intervention. Fidèle à la conception d’un syndicalisme de défense des travailleurs et attaché aux acquis du Front populaire, Raymond Naves participe aux manifestations de novembre 1938 contre les décrets-lois Daladier responsables selon lui de l’injustice sociale.

Raymond Naves fut un socialiste convaincu « mais ne fut jamais un homme d’appareil ». Cet engagement fut d’abord un héritage familial avec la personnalité de François, son père, militant SFIO. Le socialisme était pour lui un idéal et non un objectif de carrière. C’est dans l’Hérault que Raymond Naves exerça les responsabilités les plus importantes. Il fut l’un des éditorialistes du journal « le Cri socialiste du Midi » à partir de 1930. Ce journal hebdomadaire avait été fondé par son père François et par Fernand Roucayrol. Ce journal socialiste souhaitait défendre l’aile gauche de la SFIO dans l’Hérault. Raymond Naves y animait des rubriques intitulées « A cri et à cran » ou « Mots d’ordre », il y dénonçait le « gouvernement des affairistes » et y défendait le socialisme face au capitalisme et au nationalisme.

Raymond Naves consacra de nombreux articles aux questions sociales, notamment à propos de la loi sur les assurances sociales et défendait l’outil d’émancipation des ouvriers qu’était le syndicalisme. Il se positionnait également sur les questions internationales et prit fortement position au moment de la Guerre d’Espagne en dénonçant la politique de non intervention. S’il était convaincu qu’il fallait préserver la paix, il était tout à fait conscient des risques réels de guerre. Il ne glorifia pas les accords de Munich et faisait partie de ceux qui refusaient toute concession à Hitler afin de préserver la paix. S’inscrivant dans l’héritage de Jean Jaurès, dans son pacifisme, il dénonçait les propositions de surarmement et la politique des pactes qui risquait de mener à la guerre. A Toulouse, Raymond Naves exprimait régulièrement sa pensée, proche de la tendance Paul Faure, dans le journal « Midi Socialiste ». Il y dénonçait la complicité des régimes démocratiques envers l’Italie et l’Allemagne mais aussi l’Union soviétique, les responsabilités du système capitaliste (notamment la vente des matières premières aux dictatures). La lucidité est au cœur de son propos et son dernier article, à la veille de la guerre s’intitule « Restons lucides » (22 aout 1939) pointant le manque d’union des démocraties face aux menaces des dictatures et rappelait que face à la guerre, le seul chemin était « le devoir socialiste ».

Quelques jours après le décès de son père, Raymond Naves fut mobilisé le 2 septembre 1939 comme capitaine de réserve. Il fut affecté au service militaire des chemins de fer de la région Est et chargé d’affecter le matériel dans le secteur de Reims. Subissant l’ambiance pesante de la « drôle de guerre » dans un monde d’officiers il fit part de ses impressions dans un texte envoyé au « Midi Socialiste » en février 1940, article intitulé « Rayons et ombres », qui fut censuré. Il avait espoir qu’un projet international de paix puisse se mettre en place à l’issue de cette guerre sans combat. Ce n’est que bien plus tard, en février 1942, que Raymond Naves put faire part de ses impressions. Il écrivit une longue lettre à Pierre Caous, président de la Cour de justice de Riom qui jugeait Léon Blum, Édouard Daladier et Paul Reynaud. Dans cette lettre il rappelle la responsabilité des chefs militaires dans la défaite, celle de l’Etat-major qui se comportait comme dans une guerre de position, et le désordre total qui en a découlé. Raymond Naves dénonce « la puérilité ahurissante des ordres reçus par les troupes qui montaient au combat ». Enfin il regrettait pour avoir vécu les officiers, cette façon de d’avantage s’intéresser au politique qu’aux stratégies militaires, « toujours pour faire le procès du régime républicain, avec l’espoir que la guerre aboutirait au moins à la liquidation de la démocratie et du socialisme. »

Raymond Naves rentre à Toulouse fin juillet 1940, profondément marqué par la guerre et la débâcle. Il fut rapidement confronté au ralliement de ses anciens camarades au régime de Vichy, et parmi eux deux de ses proches, Fernand Roucayrol et Ludovic Zoretti. Ce dernier fut chargé par Marcel Déat de recruter d’anciens camarades du syndicat des enseignants pour le RNP (Rassemblement National Populaire) et sollicita Raymond Naves en juin 1941. Raymond Naves lui répondit immédiatement en soulignant sa « profonde tristesse » et tentait de le convaincre de la nocivité du régime. Raymond Naves y affirmait son optimisme, ne doutant pas de la chute des régimes totalitaires et en appelait à Jean Jaurès pour condamner « les impérialismes et antagonismes de races ». Il concluait sa lettre en précisant qu’il serait toujours du côté de  « l’humanité qui crie au secours », « il peut m’être difficile encore, sinon impossible de lui lancer un cordage ; en tout cas je refuse de l’accabler d’un coup d’aviron ».

Ce fut à l’université que Raymond Naves prit ses premières marques dans la Résistance auprès de certains de ses collègues mais aussi de ses étudiants. En mai 1941, une revue clandestine est créée par quelques étudiants qui s’intitulait « Vive la liberté ». Imprimée à quelques centaines d’exemplaires, cette revue d’une vingtaine de pages se voulait un « cahier libre d’information et d’action politique rédigé par des hommes libres. » Les professeurs Georges Canguilhem et Maurice Dide y participèrent, ainsi que Raymond Naves qui fut le seul à signer son article ! Il y précisait sa pensée et ses objectifs, « il y a des hommes de valeur à éclairer et à conquérir. » Pour lui la cohésion sociale devait reposer sur deux piliers, une pensée laïque et républicaine, « laïque sans anticléricalisme grossier et persécuteur et républicaine en donnant une possibilité de contrôle du peuple sur ses dirigeants. » Les fondateurs de « Vive la Liberté » furent arrêtés en décembre 1941 et lourdement condamnés en mars 1942.

La conviction européiste de Raymond Naves, partagée par de nombreux intellectuels à Toulouse, l’avait fait rejoindre le cercle de Silvio Trentin, convaincu que l’union des nations était une chance pour retrouver la liberté et la paix. Raymond Naves et Silvio Trentin partageaient les mêmes idées autour de l’universalisme. La librairie de Silvio Trentin fut selon les termes de Jean-Pierre Vernant un « laboratoire d’idées » et en fait, le véritable nid de la Résistance toulousaine. C’est dans cette librairie que fut créé le premier réseau de résistance par Jean Cassou et Pierre Bertaux, ainsi qu’un peu plus tard le mouvement « Libérer et fédérer ». Raymond Naves n’y participe pas, convaincu de la nécessité de créer un parti socialiste avec des hommes neufs. Il rejoint la démarche entreprise par Daniel Mayer et Eugène Thomas en juin 1941. Le CAS (Comité d’Action socialiste) fut structuré à Toulouse dans la pharmacie de son camarade Pierre Bourthoumieux en septembre 1942. L’étudiant Henri Docquiet devint la « doublure » de Raymond Naves désigné responsable régional sous le pseudonyme de « Grange ». Son siège, la « Centrale » est installé en centre ville dans les locaux de la Maison de la Mutualité où exerçait Léon Achiary. Les principales activités se concentraient autour de la propagande et du renseignement. Raymond Naves avait initié la création d’un journal clandestin, « le Populaire du Midi », imprimé chez les frères Lion.

En même temps que le CAS, fut créé l’antenne toulousaine du réseau Brutus, réseau de renseignement en lien avec la France Libre créé en 1940 par le colonel Fourcaud et André Boyer. La majorité des membres étaient socialistes. Les contacts radio avec Londres se faisaient depuis le local de la « Centrale ». En juillet 1943, le chef régional du réseau fut arrêté. Craignant que ce dernier ne parle sous les coups, le réseau réussit à le faire évader de la prison Saint-Michel (chose exceptionnelle sous l’Occupation). Le réseau connut de nombreux coups durs, notamment en octobre 1943. A la suite d’une trahison (un opérateur radio du réseau accepta de collaborer avec la police allemande), des résistants furent arrêtés et la « Centrale » perquisitionnée. L’un des agents du réseau, Lucien Béret fut effroyablement interrogé et mourut sous la torture. C’est un choc pour les résistants toulousains et pour Raymond Naves en particulier.

Dans le processus d’unification de la Résistance, Raymond Naves n’eut de cesse de militer pour inscrire les partis politiques dans la future instance préparée par Jean Moulin. Une réunion eut lieu à Toulouse, à la Bourse du travail, en juin 1942 en présence de Jean Moulin, Boris Fourcaud et Christian Pinaud. Jean Moulin ne voulait pas des groupes armés liés au CAS (Froment, Veny) au sein de l’Armée secrète. Finalement, De Gaulle, après avoir reçu Daniel Mayer à Londres, donna d’autres instructions. Raymond Naves fut chargé de l’organisation des groupes armés dans la région.  Dans les mois qui suivirent, de nouvelles arrestations déstabilisèrent l’organisation clandestine de Raymond Naves et notamment celle de Pierre Bourthoumieux en juin 1943. L’activité résistante devint intense pour Raymond Naves dirigeant à la fois du réseau Brutus et du CAS. Les réunions clandestines s’organisaient dans son bureau de la faculté. Il rencontra de grandes difficultés dans l’intégration du réseau au sein des MUR (Mouvements unis de Résistance) et des groupes Veny au sein de l’Armée secrète. Après la désignation de François Verdier à la tête des MUR à l’été 1943, l’intégration fut facilitée. Les deux hommes partageaient la même conception de la Résistance et étaient liés par une « confiante amitié ». L’intégration de son organisation militaire au sein des MUR et de l’AS se fit finalement sous le nom de France au combat. Verdier et Naves ont tous deux grandement facilité l’unification de la Résistance dans la région R4. En décembre 1943, François Verdier fut arrêté par les nazis dans une vaste opération contre la Résistance. Raymond Naves lui succéda pour coordonner l’unification militaire en R4. Il fut convoqué à Paris en janvier 1944 par Dejussieu Pontcarral, chef de l’AS en zone sud pour préfigurer la création des FFI (Forces françaises de l’Intérieur).

Raymond Naves fut arrêté le 24 février 1944 par la police allemande ainsi que tout l’état-major du CAS, de Brutus et de France au Combat. Une nouvelle fois, une trahison fut à l’origine de l’opération allemande. Raymond Naves avait accepté de quitter son domicile pour un logement clandestin mais tenait absolument à terminer son cours sur Marcel Proust auprès de ses étudiants. Il fut arrêté par deux policiers allemands sur le chemin de la faculté.

Incarcéré à la prison saint-Michel, Raymond Naves fut transféré à Compiègne le 26 mars 1944. Révélateur de la personnalité de Raymond Naves, le témoignage de son camarade Sylvain Dauriac arrêté en même que lui : au camp de Royalieu à Compiègne, Raymond Naves continua à transmettre en faisant plusieurs conférences dont une sur l’Angleterre à destination d’une loge clandestine de francs-maçons, appelée « la loge des barbelés ».

Raymond Naves fut déporté à Auschwitz-Birkenau le 27 avril 1944 dans ce qui fut appelé le « convoi des tatoués » (convoi 206). Raymond Naves arrive au camp d’extermination dans un état d’épuisement total, il est malade, atteint semble-t-il d’une angine diphtérique. La date de sa mort est incertaine, mais les témoignages de ses camarades rapportent qu’il est mort rapidement, probablement autour du 11 mai 1944.

Celui qui fut désigné dans la clandestinité pour assumer la fonction de maire de Toulouse libérée fut oublié dans les jours qui ont suivi la Libération. Aujourd’hui, une avenue et un lycée portent le nom de Raymond Naves à Toulouse. Le livre de Pierre Petremann contribue fondamentalement à réhabiliter la mémoire de cet humaniste et à nous rappeler le grand homme qu’il était.

Naves PetremannInterview de Pierre Petremann par Pierre Lasry

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Plaque à l’entrée du lycée Raymond Naves

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Vidéo de la cérémonie de dévoilement de la plaque sur la maison de Raymond Naves le 18 mars 2022

Victor Naves, petit-fils de Raymond Naves lors de l'inauguration de la plaque devant la maison de son grand-père, 130 rue Raymond Naves à Toulouse le 18 mars 2022

Le maire de Toulouse, M. Moudenc, Victor Naves, petit-fils de Raymond Naves et Pierre Petremann  lors de l’inauguration de la plaque devant la maison du résistant, 130 rue Raymond Naves à Toulouse le 18 mars 2022

 

 

logo-maitron-hover-300x169La biographie de Raymond Naves sur le site du Maitron par Pierre Petremann.


Textes: Elérika Leroy