Mémoire : Cérémonie 2016

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« La justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique. »

Germaine Tillion

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Alain Verdier, président du Mémorial, prononce le discours d’accueil » devant les personnalités officielles (Georges Méric, président du Conseil départemental de Haute-Garonne, Pascal Mailhos, préfet de région, Thierry Suaud, vice-président de la région,..) et un public, nombreux et fidèle à cet hommage.

 

 

Vidéos des trois interventions:

Discours d’Alain Verdier

Interventions des élèves de troisième du collège du Bois de la Barthe de Pibrac

Discours de M. Pascal Mailhos, Préfet de région

« Celui qui croyait au ciel 

celui qui n’y croyait pas

tous deux adoraient la belle 

prisonnière des soldats 

fou qui songe à ses querelles

au cœur du commun combat 

tous les deux étaient fidèles

des lèvres du cœur, des bras ».

Louis Aragon, La Rose et le Réséda, extrait cité par l’orateur, le préfet Pascal Mailhos


 

 

 

Le mot du Président du Mémorial, Alain Verdier

Comme m’écrivait récemment Paul Arrighi : L’obscurantisme et le fanatisme rodent, bien loin des nouvelles lumières que l’état de nos connaissances, de nos sciences, de notre technologie nous permettent d’espérer.

Encore imprégnés par les douloureux souvenirs des attentats perpétrés au cœur de notre pays, cette commémoration annuelle, prend une dimension particulière.

Dans cette forêt de Bouconne, plane le souvenir d’un homme d’exception.

Forain François Verdier Chef Régional des Mouvements Unis de la Résistance, dont le corps supplicié fut ici retrouvé le 27 janvier 1944 assassiné par la Gestapo et la Milice.

Toujours aussi nombreux, nous voici rassemblés pour ne pas oublier, mieux appréhender le présent et bien préparer l’avenir.

Nous rappeler que la Paix toute relative de notre monde occidental actuel fut précédée des plus terribles monstruosités.

Le temps qui passe, nos consciences endormies, n’ont pu empêcher les menaces d’aujourd’hui. A nous d’en tirer les enseignements. D’apprendre à lutter contre toutes les petites dérives humaines qui s’additionnant, peuvent déboucher sur des catastrophes.

François Verdier était mon grand-père, il aimait la vie, sa famille, il aimait sa région, son pays, aimait l’Humanité, la République Française qui lui garantissait la Liberté, l’Egalité, la Fraternité.

Juge au tribunal de commerce de Toulouse, Secrétaire de la Ligue des Droits de l’homme, Franc-maçon du Grand-Orient de France, il avançait en homme libre, engagé, croquant la vie à pleine dent, quand ses idéaux furent attaqués, la république abolie, les libertés bafouées.

Comment accepter la collaboration avec ceux qui vous privent de liberté ? Comment accepter la xénophobie, le racisme, la barbarie ?

Devant tant d’injustice, d’intolérance il va choisir la Résistance.

En suivant ce que son cœur, son âme lui dictait, naturellement, il va assumer ses choix, ne renonçant à rien, prouvant que : Liberté, République et humanisme ne sont pas de vain mots. Trois valeurs qui ont guidé sa vie.

Liberté : Liberté d’apprendre, de chercher et de choisir ce que nous voulons faire. Liberté de conscience.

République laïque, Une et indivisible. Qui ne peut laisser de place aux privilèges, aux communautarismes, aux sectarismes sans créer des inégalités et réduire la solidarité .

Humanisme : Objet de développement essentiel des qualités de l’homme.

Fraternité : ciment indispensable de cohésion qui fait que de nos différences naissent des richesses, notre citoyenneté.

Comme François Verdier, nous gardons confiance en l’homme et son esprit.

Nous croyons en la Victoire :

De la culture sur la barbarie

De la tolérance sur l’intolérance

De l’amour sur la haine

Comme Forain nous faisons le pari de l’humain,

Parce que c’est faire le pari de la vie.

Je vous remercie de votre attention.


 

 

Interventions des collégiens du Bois de la Barthe de Pibrac

Des noms, rarements cités, ont été prononcés par les élèves. Ceux de résistantes en particulier, sur l’hsitoire desquelles les élèves ont travaillé: Marie-Louise Dissard « Françoise », Jeanne Verdier et Olga Sfedj, secrétaire clandestine de François Verdier, oubliée.

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La Complainte du Partisan, chanson écrite par Anna Marly et Emmanuel d’Astier de la Vigerie à Londres en 1943.

Les Allemands étaient chez moi

On m´a dit « Résigne-toi »

Mais je n´ai pas pu

Et j´ai repris mon arme

Personne ne m´a demandé

D´où je viens et où je vais

Vous qui le savez

Effacez mon passage

J´ai changé cent fois de nom

J´ai perdu femme et enfants

Mais j´ai tant d´amis

Et j´ai la France entière

Un vieil homme dans un grenier

Pour la nuit nous a cachés

Les Allemands l´ont pris

Il est mort sans surprise

Hier encore, nous étions trois

Il ne reste plus que moi

Et je tourne en rond

Dans la prison des frontières

Le vent souffle sur les tombes

La liberté reviendra

On nous oubliera

Nous rentrerons dans l´ombre

P1120076Les élèves de troisième du collège du Bois de la Barthe de Pibrac et leur professeur de musique ont interprété cette chanson, présente dans les mémoires par l’nterprétations de Léonard Cohen. Extrait (vidéo réalisée par Pierre Lasry)

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Que François Verdier, qui mourut pour que vive la France, soit fier du pays pour lequel il a tout donné.

Pascal Mailhos

Discours de Pascal Mailhos, préfet de la Haute-Garonne et de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

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Cérémonie d’hommage à François Verdier, dit « Forain » – 31 janvier 2016

Il y a soixante-douze ans, presque jour pour jour, par un froid matin de janvier 1944, un corps est découvert dans cette forêt de Bouconne. Il n’a plus de tête : les Allemands ont placé une grenade dans la bouche du prisonnier qu’ils venaient d’abattre d’une balle dans le ventre.

Terrible symbole ! Car c’est bien la tête de la Résistance dans le Sud-Ouest de la France que les Allemands viennent de faire disparaître. Ce cadavre méconnaissable, c’est celui de l’industriel François Verdier, dit « Forain », chef des mouvements unis de la Résistance à Toulouse, héros et martyr de la libération de la France.

Sept décennies plus tard, nous continuons à nous réunir chaque année dans cette forêt pour faire revivre cette figure, ce visage que les nazis avaient voulu effacer à jamais.

C’est pour moi un honneur tout particulier de lui rendre aujourd’hui hommage. En effet, le général de Gaulle avait prévu que François Verdier, à la Libération, devienne à Toulouse le Commissaire de la République. Dans l’une des salles de la préfecture, il y a une galerie de portraits : on y voit une photographie de chaque préfet depuis la Libération. Je ne peux m’empêcher de penser que celle de François Verdier aurait pu ouvrir cette galerie.

En rétablissant la République, il aurait achevé au grand jour le travail commencé dans l’ombre, dès les premiers temps de l’occupation, pour libérer la patrie et y restaurer les valeurs républicaines bafouées.

Je ne doute pas qu’il aurait déployé dans la paix les mêmes éminentes qualités qu’il mit au service du combat contre l’occupant nazi : le courage, la droiture, l’énergie, la détermination, le sens de l’intérêt général et l’obsession de l’unité.

Car Verdier, organisateur hors pair, tout à la fois chef et médiateur, fut avant tout l’homme de l’unification de la Résistance dans le Sud-Ouest – un récent ouvrage le présente à juste titre comme le Jean Moulin de notre région – Résistance qui n’était alors, pour reprendre le mot de Malraux, qu’un « désordre de courages ».

Nous oublions souvent la méfiance, le ressentiment, et même parfois la haine que se vouaient les différents mouvement de Résistance, séparés qu’ils étaient par les ambitions personnelles ou les convictions politiques. Nous oublions le travail acharné qu’il fallut pour réunir des hommes et des factions si dissemblables.

J’ai célébré plus d’une fois, en Bretagne, la haute et claire figure d’Honoré d’Estienne d’Orves, l’un des premiers héros de la Résistance, officier de marine royaliste et catholique, marqué par les idées de l’Action française. François Verdier, lui, était un industriel, républicain et franc-maçon.

Mais quelle importance ont ces distinctions ? Comme le dit Aragon, « celui qui croyait au ciel / celui qui n’y croyait pas / tous deux adoraient la belle / prisonnière des soldats / fou qui songe à ses querelles / au cœur du commun combat / tous les deux étaient fidèles / des lèvres du cœur, des bras ».

Cette fidélité à la France, par-delà les convictions philosophiques ou politiques, qu’avait Verdier, engagé volontaire à dix-huit ans lors de la première guerre mondiale, le met au rang des héros de la Résistance dont elle est le commun dénominateur. Comme le disait Pierre Brossolette, évoquant les martyrs qu’il devait lui-même rejoindre, « ce qu’ils étaient hier, ils ne se le demandent point l’un à l’autre. Sous la Croix de Lorraine, le socialiste d’hier ne demande pas au camarade qui tombe s’il était hier Croix-de-Feu. Dans l’argile fraternelle du terroir, d’Estiennes d’Orves et Péri ne se demandent point si l’un était hier royaliste et l’autre communiste. Compagnons de la même Libération, le père Savey ne demande pas au lieutenant Dreyfus quel Dieu ont invoqué ses pères. Des houles de l’Arctique à celles du désert, des ossuaires de France aux cimetières des sables, la seule foi qu’ils confessent, c’est leur foi dans la France écartelée mais unanime ».

Mais cette foi ardente au nom de laquelle des hommes comme Verdier accordaient peu d’importance aux divergences politiques, tant que la patrie était sous le joug d’un occupant barbare, n’était hélas pas unanimement partagée. Dans les moments les plus difficiles, alors que les tensions entre les différentes factions devenaient si fortes que sa tâche lui semblait impossible, Verdier lui-même explosait, criant : « La Résistance est un repaire d’incapables… Les hommes sont admirables, mais quels exploiteurs autour d’elle ! Il faut créer un mouvement propre, indépendant, nouveau. »

Ce mouvement, il ne put le voir vivre : victime d’une trahison, il fut arrêté à l’hiver 1943 par les nazis. Et c’est ici que le trait le plus marquant de sa personnalité, celui que j’ai cité en premier parce qu’il les fonde tous – le courage – se révéla pleinement.

Nous ne pouvons pas savoir ce que fut son calvaire. Comme l’a dit un résistant hollandais torturé, « celui qui voudrait faire comprendre à autrui ce que fut sa souffrance physique en serait réduit à la lui infliger et à se changer lui-même en tortionnaire ». Tout juste pouvons-nous essayer d’imaginer.

Comme l’a rappelé Pierre Vidal-Naquet, « personne n’a le droit de jeter la pierre à ceux qui ont parlé, mais Verdier ne parla pas. Eût-il parlé que c’était toute la direction Résistance civile qui risquait de tomber aux mains de l’ennemi. Mais Forain ne parla pas ».

Comme Jean Moulin dont il est le digne compagnon, Verdier a tenu bon. Il a subi son martyre jusqu’au sacrifice final sans trahir un seul des secrets qui eussent irrémédiablement condamné la résistance toulousaine.

Quelle force peut pousser un homme à endurer stoïquement la souffrance et la mort ? Pourquoi et comment un homme devient-il un héros ?

Avec la distance des années, les grandes figures de la Résistance nous apparaissent comme des figures monumentales et granitiques, des êtres hors du commun, presque des surhommes.

Pourtant, Verdier, qui n’était ni un militaire, ni un aventurier, ni une tête brûlée, avait plutôt le profil de ces « pères tranquilles » dont on sait le rôle qu’ils jouèrent dans la Résistance. C’était un homme simple. « Ces gens simples », écrivait Bertold Brecht, « qui le sont si peu ». Écoutons Pierre Brossolette parler : « À côté de vous, parmi vous sans que vous le sachiez toujours, luttent et meurent des hommes – mes frères d’armes -, les hommes du combat souterrain pour la Libération. Ces hommes, fusillés, arrêtés, torturés, chassés toujours de leur foyer, coupés souvent de leurs familles, combattants d’autant plus émouvants qu’ils n’ont point d’uniformes ni d’étendards, régiment sans drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s’inscriront point en lettres d’or dans le frémissement de la soie mais seulement dans la mémoire fraternelle et déchirée de ceux qui survivront ; saluez-les. La gloire est comme ces navires où l’on ne meurt pas seulement à ciel ouvert mais aussi dans l’obscurité pathétique des cales. C’est ainsi que luttent et que meurent les hommes du combat souterrain de la France. Saluez-les, Français ! Ce sont les soutiers de la gloire ».

Pour comprendre la force qui a pu élever cet homme à une telle grandeur, il nous faut revenir au fil conducteur de tous les engagements de François Verdier – pour la cité, pour la cause des femmes, dont il fut un précurseur, pour la république espagnole, pour la Libération enfin : un goût passionné des autres, qui le rendait prodigue de tout, et d’abord de lui-même.

Pour citer à nouveau André Malraux, « le sentiment profond, organique, millénaire, sans lequel la Résistance n’eut jamais existé et qui nous réunit aujourd’hui, c’est peut-être simplement l’accent invisible de la fraternité ».

Le plus bel hommage que nous puissions rendre à François Verdier et à ses compagnons héroïques, célèbres ou anonymes, c’est de faire vivre ici et maintenant cette fraternité. Comme l’affirmait Honoré d’Estiennes d’Orves dans sa dernière lettre à ses enfants, « N’ayez à cause de moi de haine pour personne, chacun a fait son devoir pour sa propre patrie. Apprenez au contraire à connaître et à comprendre mieux le caractère des peuples voisins de la France » .

Sachons porter cet élan aujourd’hui. Sachons nous montrer unis, malgré les crises, malgré la tentation du repli sur soi. Sachons nous montrer grands face à l’adversité. Sachons ensemble sauvegarder et transmettre l’héritage et les valeurs des générations qui nous ont précédés, pour construire ensemble un avenir digne de notre vieille nation.

Que François Verdier, qui mourut pour que vive la France, soit fier du pays pour lequel il a tout donné.

Vive la République !

Vive la France !

Pascal Mailhos

Préfet de la Haute-Garonne

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Dans la presse:

Actu-Côté Toulouse

La Dépêche du Midi

France Bleu

Cérémonie en hommage à François Verdier – forêt de Bouconne – 31 janvier 2016

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La cérémonie d’hommage au martyr de la Résistance « Forain » François Verdier aura lieu dimanche 31 janvier 2016 à 11 heures devant le mémorial en forêt de Bouconne.

Les élèves du Collège du Bois de la Barthe de Pibrac présenteront leur action mémorielle, organisée cette année avec leurs professeurs.

Cette année, l’orateur sera Pascal MAILHOS, Préfet de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et Préfet de la Haute-Garonne.

Venez nombreux partager et défendre les valeurs de liberté, d’unité, de fraternité et de solidarité.

A Léguevin, prendre la RD 42 direction Lassère-Cadours. Le chemin d’accès dans la forêt sera balisé par la gendarmerie.

 

Cérémonie en 1961

Cérémonie en 1961

 

Le Mémorial a été construit à l’endroit même où le corps de François Verdier a été retrouvé le 27 janvier 1944. Une cérémonie est organisée à cet endroit depuis janvier 1945.

«Il est important de garder en mémoire les motivations de ceux qui se sont battus pour que notre pays ressemble à ce qu’il est aujourd’hui, et c’est pour le préserver que nous devons poursuivre la lutte contre l’intolérance, le racisme et toute forme de discrimination. »

Alain Verdier, Président du Mémorial François Verdier Forain Libération-Sud

En savoir plus:

Histoire du mémorial

Revue de presse du Mémorial

Revue de presse du Mémorial

Sans titre
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Revue de presse

2018

Cérémonie du dimanche 31 janvier  2018

article de la Dépêche du Midi du 1er février 2018

2017

Cérémonie du dimanche 29 janvier  2017

article de la Dépêche du Midi du 30 janvier 2017

2016

Cérémonie du dimanche 31 janvier  2016

 

2015

Cérémonie du dimanche 1er février 2015

2015

2015

2014

Cérémonie du dimanche 2 février 2014

Forêt de Bouconne. L’hommage du ministre Kader Arif et des jeunes à François Verdier

2011

Cérémonie du dimanche 30 janvier 2011

2011 collegiens-DDM

Articles de la Dépêche du Midi:

Colomiers. Hommage à Forain-François Verdier

Bouconne. L’hommage vibrant à Forain François Verdier

2010

Cérémonie du dimanche 28 janvier 2010. Articles DDM

Pibrac. Hommage au résistant Forain François Verdier

L’émotion des collégiens de Pibrac

2003

Cérémonie du dimanche 2 février 2003.

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1999

Photographie de François Canard

Photographie de François Canard

Cérémonie 1999 en présence de trois grands résistants: Serge Ravanel, chef régional des FFI, Jean-Pierre Vernant , Chef départemental et Raymond Aubrac, tous trois du mouvement Libération-Sud, comme François Verdier.

1998

Cérémonie du 31 janvier 1998

1998 DDM

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1982

Cérémonie du dimanche 31 janvier 1982

DDM

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1979

Cérémonie du dimanche 28 janvier 1979

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1978

Cérémonie du dimanche 29 janvier 1978

Discours de Jean-Pierre Vernant

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La cérémonie en forêt de Bouconne

Cérémonie 1946
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Depuis plus de 70 ans, une cérémonie est organisée le 27 janvier ou le dimanche qui suit autour du Mémorial. Cet hommage à François Verdier se tient sur les lieux mêmes de son assassinat par la Gestapo.

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Historique du Mémorial

Quelques mois après la Libération de Toulouse, le 19 août 1944, les amis de François Verdier se rassemblent pour honorer la mémoire de celui qu’on avait eu tendance à oublier dans l’effervescence de la liberté retrouvée.

Déjà, un premier acte symbolique, sous l’impulsion de ses amis réunis dans un café célèbre de la place du Capitole, fut de débaptiser les allées du Maréchal Pétain. C’est ainsi que les belles allées, du monument aux morts au Grand Rond, furent appelées allées Forain-François-Verdier. Mais, ses amis avaient évidemment conscience que ce seul geste ne pouvait être suffisant pour sauvegarder la mémoire de l’homme qu’il était.

Les amis de François Verdier

Aussi, fut créée en novembre 1944, une association nommée « Les Amis de Forain François Verdier ». Ce sont les plus proches amis qui se retrouvent au bureau de cette association : Jacques Aribaut, Pierre Dumas, Ricardo Hernández Alvariño, Claudius Dupont, Albert Couronne, Louis Monzels, Jean Delpech, Pierre Degon « Monsieur Bouconne » (qui comme beaucoup de résistants à l’époque conserve son pseudonyme de guerre). L’association est présidée par Louis Mercadier, l’homme de confiance de François Verdier. Statuts 1945 amis FV

Dans ses statuts, l’association déclare avoir pour but « de grouper sans aucune distinction d’opinion, les Amis de François Verdier, Chef Régional du Mouvement de Libération Nationale, Héros et Martyr de la Résistance assassiné par les Allemands, d’assurer Aide et Protection à sa famille ; de perpétuer la mémoire, de défendre et propager ses idées de Patriotisme, de Liberté, de Justice, de Fraternité, d’Indépendance et de grandeur de la France, qu’il a servies. »

Les membres de l’association prennent l’engagement de se réunir une fois par an, en novembre, afin de préparer un hommage annuel à François Verdier. Lors de la première assemblée générale en janvier 1945, s’ajoutent d’autres membres au bureau: Noël Babit, Robert Landry, ainsi que Roger Bataille (en solidarité, car il ne rentrera de déportation qu’en avril 1945.)

Premières cérémonies en forêt de Bouconne

Dès novembre, l’association avait entrepris les démarches pour qu’une stèle soit installée en forêt de Bouconne, à l’endroit précis où le corps de François Verdier avait été retrouvé. La première cérémonie est organisée le dimanche 4 février 1945. Stèle d'origine

Lors de cette cérémonie, en l’absence de Jeanne toujours prisonnière au camp de Ravensbrück, la foule était nombreuse. Mais comme le fit remarquer, avec colère, Antoine Avinin, membre du CNR, les personnalités officielles brillaient par leur absence. « Et pourtant sans Forain-Verdier, nous n’aurions pas de Commissaire de la République, nous n’aurions pas de Préfet républicain, nous n’aurions pas de maire républicain. (…) Il faut souhaiter que la forêt de Bouconne devienne, auprès de la stèle de Verdier, un des centres de rassemblements patriotiques. »

la foule en forêt, 1946

la foule en forêt, 1946

En 1946, la foule est encore importante en forêt. Jeanne Verdier y assiste pour la première fois.

cérémonie 1946

cérémonie 1946

La cérémonie se poursuit ainsi les années suivantes, sauf en 1948, où les circonstances ont empêchés son déroulement. La foule des anonymes a diminué. Finalement, seuls quelques amis forment une rangée devant la stèle de Forain, toujours en présence de Jeanne, Françoise et Jacques, ainsi, que derrière, Germain Dupuy, le régisseur du domaine de La Salle, présent à chaque hommage.

cérémonie 1949, seule photographie en présence de Jeanne Verdier

cérémonie 1949, seule photographie en présence de Jeanne Verdier

 

Statuts 1945 amis FV 014Puis, au cours des années 1950, le registre de l’association se remplit de moins en moins, les amis ayant quitté Toulouse, d’autres ayant la santé déclinante. Il faut dire que cette époque n’est pas favorable à la mémoire de la Résistance.

1961, construction du Mémorial

1961 juillet

Après quelques années, Louis-Marie Raymondis, président régional de l’association Libération-Sud veut raviver la mémoire de François Verdier qu’il considérait comme « le grand oublié » de l’histoire de la Résistance. Le jeune étudiant en droit qu’il était pendant la guerre avait été marqué par ce Verdier dont il entendait souvent parler. Louis-Marie Raymondis n’avait eu l’occasion de le rencontrer qu’une seule fois pendant l’Occupation. Mais le charisme de Verdier a raisonné de 1940 à ce 27 janvier 1944. Louis-Marie lui-même avait dû fuir Toulouse après l’opération de minuit. Et le fait que François Verdier ait été « oublié » du titre de Compagnon de la Libération, tout comme un autre grand résistant, Raymond Naves, suscitait sa colère. Aussi, il fallait, réparer cette injustice et concevoir un véritable mémorial pour surélever la stèle initiale, posée sur un socle fin et ensevelie sous les haies.

1961: inauguration du Mémorial en forêt de Bouconne

1961: inauguration du Mémorial en forêt de Bouconne

Louis-Marie Raymondis réunit les fonds nécessaires, regroupe autour de lui les derniers amis et lance un projet d’aménagement de la stèle et de son élévation en mémorial. Déterminé, il gère tout le projet en sollicitant l’appui des collectivités locales et de l’État. A l’été 1961, le mémorial est terminé. La stèle a été déplacée dans la clairière, une plaque commémorative a été ajoutée pour Jeanne, décédée l’année précédente. Une autre est dédiée « à ses camarades, fusillés, déportés, massacrés »

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Louis-Marie Raymondis a totalement réorganisé la cérémonie, et le mémorial est inauguré le 12 novembre 1961. Les personnalités officielles ont cette fois ci été conviées. Toutes les associations d’anciens combattants, de la Résistance, de la Déportation sont présentes. Les Porte-drapeaux entourent le mémorial. Les représentants du Comité départemental de la Résistance (CDR) sont eux aussi présents. 

Cette nouvelle organisation instituée, le but est désormais d’assurer la pérennité de la cérémonie, en s’appuyant, toujours, sur un noyau de quelques personnes. Il ne fallait pas se disperser pour assurer la préservation de cet hommage particulier à François Verdier. Cette intimité demeure la préoccupation majeure de l’association. Lors de l’assemblée générale de novembre 1961, Achille Teste* le dernier à avoir vu Forain vivant. insiste sur la nécessité d’un noyau restreint pour survivre.  « L’expérience nous a, en effet, trop souvent démontré que l’esprit politique est fatal à l’esprit de la Résistance et à son Unité. »

Au fond, les deux petits-fils de François Verdier, à gauche son fils Jacques et sa fille Françoise. à droite l'abbé Raymondis

Au fond, les deux petits-fils de François Verdier, à gauche son fils Jacques et sa fille Françoise. à droite l’abbé Raymondis

Raymondis, quelques soient ces activités professionnelles, revint chaque année pour s’assurer du bon déroulement de la cérémonie, choisir très soigneusement chaque orateur et veiller à ce que le public soit prévenu.

Aujourd’hui

Puis Louis-Marie Raymondis a vieilli, les résistants, les administrateurs, décédaient les uns après les autres (Marie-Thérèse Jacquier, Roger Momtpezat, Achille Teste…). Il fut décidé d’élargir l’association aux enfants des anciens membres. Ce fonctionnement interne a perduré.IMG_4049

En 1994, l’association est réorganisée et de nouveaux membres y investissent leur énergie. Le petit-fils de François Verdier, Alain, reprend le flambeau de Louis-Marie Raymondis. D’autres descendants de résistants se voient également chargés par leurs aînés de veiller à assurer la transmission de la mémoire de François Verdier, ainsi les fils d’Armand Ducap, André Méric, Joseph Pontier, etc. Dès lors, l’association développe le caractère pédagogique de la cérémonie, à l’initiative de Georges Méric, alors vice-président à l’enseignement et à l’éducation au sein du Conseil général de Haute-Garonne. Une première cérémonie est organisée avec le principal du collège Forain-François-Verdier, Gilles Nave et ses élèves de l’établissement de Léguevin. Depuis, chaque année, l’un des collèges du secteur prépare une action avec les professeurs qu’ils présentent le jour de l’hommage (des interprétations de textes, de chants, de pièces de théâtre…). Associées ainsi à la cérémonie, les plus jeunes générations confèrent, par leur travail, une émotion toute particulière à cet hommage. Ainsi, une année, les élèves entreprirent de faire résonner dans la forêt des chants en allemand. L’objectif de transmission de l’association s’accomplit ainsi chaque année grâce à l’enthousiasme des enseignants et des élèves. IMG_4382

Enfin, il faut signaler la présence des habitants de Lézat-sur-Lèze qui font également le déplacement en forêt de Bouconne, chaque dimanche 27 janvier ou celui qui suit.

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1945 – 2019 :

plus de 70 ans d’hommages à François Verdier

1945 Antoine Avinin, Louis Mercadier, Noël Babit, Jean-Gabriel Barlangue et Paul Marcouire

1946 M. Fabre, secrétaire de l’association des Déportés de la Résistance

1947 Louis Mercadier, Président de l’association des Amis de François Verdier

1950 Louis Mercadier, Président de l’association des Amis de François Verdier

1951 Robert Landry, Président du Tribunal de commerce

1959 Achille Teste, Résistant

1961 Louis-Marie Raymondis, Fondateur du Mémorial (12 novembre 1961)

1962 Grand Maitre adjoint du Grand Orient de France

1963 Roger Moris, peintre et ancien inspecteur de la Vème région militaire.

1964 Jacques Maziol, Ministre de la Construction et le Général Germain Jousse, Compagnon de la Libération.

1965 Louis-Marie Raymondis

1966 M. Maurel

1967 Léon Eeckhoutte, Président du Conseil général de Haute Garonne

1968 Jean Cassou, Commissaire de la République de la Région de Toulouse, Compagnon de la Libération.

1969 Gaston Vedel, Compagnon de la Libération

1970 Jacques Combatalade, résistant du Réseau Morhange et le Colonel Georges Gaudron

1971 Alexandre Stirn, Préfet de la région Midi-Pyrénées et de la Haute-Garonne

1973 Louis-Marie Raymondis

1974 Armand Ducap, Résistant de Libération-Sud

1976 Henri Noguères, Chef régional du mouvement Franc-Tireur, historien

1977 Jean-Pierre Lévy, Fondateur du mouvement Franc-Tireur, Compagnon de la Libération.

1978 Jean-Pierre Vernant, chef de l’Armée secrète et des FFI en Haute Garonne, Compagnon de la Libération.

1979 Jean-Pierre Bloch, Président International de la LICRA

1980 Claude Hettier de Boislambert, Grand Chancelier de l’Ordre de la Libération

1981 Roger Leray, Grand Maitre du Grand Orient de France

1982 Henri Amouroux, Historien

1983 Alex Raymond, Président du Conseil régional Midi-Pyrénées

1984 Jean Gatel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense

1985 Dominique Baudis, Maire de Toulouse

1986 Serge Fuster « Casamayor », Ecrivain et magistrat au procès de Nuremberg

1987 Christian Dablanc, Préfet de la région Midi-Pyrénées et de la Haute-Garonne

1988 Pierre Vidal-Naquet, historien

1989 Léon Eeckhoutte, Sénateur, président du Conseil général de Haute Garonne,

1990 Lionel Jospin, Ministre de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports

1991 André Méric, Secrétaire d’Etat chargé des Anciens Combattants et Victimes de Guerre

1992 Jean Fonvielle, Général

1993 Jean Mattéoli, Résistant déporté, Président de la Fédération nationale des Déportés et Internés de la Résistance (FNDIR) et Président de la Fondation de la Résistance

1994 Marcel Nahmias, Résistant

1995 Georges Mailhos, Président de l’Université de Toulouse le Mirail* aujourd’hui Université Jean-Jaurès

1996 Pierre Izard, Président du Conseil général de Haute Garonne

1997 Paul Quilès, Député du Tarn

1998 Raymond Aubrac, Résistant, Commissaire de la République de la Région de Marseille

1999 Rolande Trempé, Résistante et historienne

2000 Martin Malvy, Président du Conseil régional Midi-Pyrénées

2001 Louis-Marie Raymondis

2002 Michel Roquejeoffre, Général d’Armée, membre du Haut Conseil de la Mémoire Combattante

2003 Nicole Belloubet-Frier, Rectrice de l’Académie de Toulouse

2004 Remi Pech, Président de l’Université Toulouse-le-Mirail* aujourd’hui Université Jean-Jaurès

2005 Robert Marcault, Déporté, rescapé du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau

2006 Jean-Michel Ducomte, Président de la Ligue de l’Enseignement

2007 Edouard Raymondis, Petit-fils de Paule et André Raymondis, résistants

2008 Paul Arrighi, Historien

2009 Jean Rebout, Inspecteur d’Académie, fils de déporté

2010 Catherine Lemorton, Députée de Haute-Garonne

2011 Pierre Cohen, Maire de Toulouse

2012 Jean Rafenomanjato, Inspecteur d’Académie

2013 Elérika Leroy, historienne

2014 Kader Arif, Ministre délégué auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants

2015 Alain Mila, Professeur d’histoire

2016 Pascal Mailhos, Préfet de la Région Midi-Pyrénées Languedoc Roussillon

2017 Georges Méric, Président du Conseil départemental de la Haute-Garonne

2018 Pascal Nakache, Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, section de Toulouse

2019 Carole Delga, présidente de la région Occitanie